La chimère de l'instinct maternel 

Je travaille auprès des femmes qui deviennent mère, que ce soit pour la première ou la troisième fois. Je suis habituée de répondre à un certain nombre de questions, fonction de l'âge et j'en comprends les angoisses puisque je suis moi-même maman. 

Mais il reste toujours des questions auxquelles je ne suis pas préparée, qui viennent me chercher ou qui me bouleversent. En tant que professionnelle, je ne peux pas laisser aller mes émotions et ressentis, ce n'est pas vraiment le moment quand une personne inquiète partage un état d'âme plus qu'intime. Alors j'écris. 

J'aimerais juste vous dire, à vous les jeunes mères, que l'amour maternel qui est vendu par la société comme une norme, en réalité, n'en est pas une. Vous avez bien le droit d'aimer votre enfant dès que votre test de grossesse vire au positif, comme vous avez le droit d'avoir la sensation de vous retrouver face à un étranger le jour de la naissance. Et la fameuse vague d'amour qui est censée emplir votre cœur d'une sensation jamais éprouvée auparavant dans votre vie peut très bien ne se produire qu'un mois après la naissance, ou plus tard. En termes d'humanité, il n'existe aucune norme. Aucune case ne sera jamais assez grande pour contenir toute la complexité d'une vie. 

De mon point de vue, si vous prenez soin de cet enfant que vous ne connaissez pas, si vous assurez sa sécurité physique et émotionnelle de votre mieux, alors vous faites votre job. Il existe d'autres adultes autour de vous qui peuvent vous soutenir; le proverbe africain qui parle d'un village pour élever un enfant prend tout son sens quand nous venons de donner naissance. 

Alors oui, il y aura toujours les mères parfaites, ainsi que leurs homologues masculins. Et tant mieux pour tous ces petits chérubins choyés par la vie d'être tombés dans les bras de ces superbes humains. Mais si jamais vous ne vous reconnaissez pas dans cette catégorie, sachez que tous les autres parents sont légitimes aussi. 

Que ce soit cette mère qui se demande comment aimer son troisième enfant qui est d'un sexe différent des deux premiers ou bien ce père qui se demande comment rattacher la couche lavable correctement; chacun d'eux fait de son mieux. Y compris cette mère qui oublie de prendre le sac à couches lors d’un rendez-vous médical ou ce père, désemparé, qui regarde son fils se rouler au sol en pleurant de toutes ses forces parce qu'il refuse d'être mesuré. Croyez-moi, je pourrais vous citer des centaines d'exemples de parents qui entrent dans mon bureau chaque mois. Et, vous êtes tous légitimes. 

Le rôle de parent est déjà suffisamment difficile sans que nous ayons besoin de rajouter une pression supplémentaire d'ordre émotionnel. Soyez doux avec vous-même s'il-vous-plaît. Et si quelqu'un vous en fait douter, je vous invite poliment à lui dire d'aller se faire voir.

 

Écrit par une collaboratrice désirant garder l'anonymat

Laisser un commentaire

Prendre note que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.