(Re)Trouver ses repères

Écrit par Baptistine Boutheon


J'ai choisi un type d'investissement pour mon fils et son avenir, qui peut paraître abstrait au premier abord, mais qui, j'en suis sûre, aura de merveilleux impacts dans l'avenir: l'accompagnement bienveillant. 

La partie qui m'intéresse particulièrement dans cet accompagnement est le volet de la gestion des émotions. Gros pavé que celui-là. 

Quand je vois certains adultes (dont je fais partie) avoir encore de la difficulté avec ce mot effrayant qu'est le terme « émotion » ; je me dis parfois que je me suis embarquée dans une voie sans issue.

C'est un placement plus risqué comme dirait mon conseiller financier. Je veux dire... La gestion des émotions que je vais enseigner à mon fils va dépendre de tellement de facteurs : mon histoire en premier lieu, son histoire par la suite et enfin notre environnement. 

Tout influe sur notre façon de vivre nos émotions, tout. Je ne peux pas avoir de contrôle sur deux des trois éléments cités, mais il y en a un avec lequel je peux apprendre à jongler : mon histoire personnelle.

Je peux contrôler la façon dont je la vis afin de mieux accompagner mon fils et éviter de reproduire ce qui, j'estime, m'a été le plus préjudiciable. Je dirais simplement que mes débuts dans la vie ont été bien chaotiques et que les adultes qui devaient veiller sur moi à ce moment-là ont failli à leur mission. J'ai mis pas mal de temps à le comprendre et à l'accepter. 

Quand j'ai décidé de devenir mère, et afin d'éviter de donner à mon bébé un bagage émotionnel bien trop lourd à porter pour ses frêles épaules, j'ai choisi un accompagnement spécifique durant ma grossesse : l'haptonomie. 

L'haptonomie est la science de l'affectivité, c'est reconnaître l'autre comme un être à part entière (même un tout petit fœtus) et lui donner une place : sa place. Ce fut une merveilleuse expérience de grossesse et de création de lien ; mais c'est aussi venu brasser pas mal à l'intérieur de mon petit cœur. 

Lorsque j'ai commencé à me questionner sur la place que je voulais offrir à mon bébé à venir, inévitablement j'ai vécu quelques souvenirs de l'absence de place avec laquelle j'ai dû composer. Ce fut douloureux, on ne va pas se mentir ; mais cela a aussi été très libérateur car j'ai pu me connecter à moi-même, à mon enfant intérieur et réparer de mon mieux mon vécu. C'est en tout cas mon expérience personnelle. 

En prenant conscience de mes failles, de mes blessures et en choisissant de les regarder avec attention avant de les soigner, j'ai retrouvé ma force personnelle. J'aime comparer ce processus de mise en lumière de mes blessures avec l'art ancestral japonais nommé Kintsukuroi. C'est un art qui vise à réparer la porcelaine brisée avec des feuilles d'or, afin de donner une seconde vie aux objets brisés, les rendant unique de par leur fêlures, mais toujours utiles et viables car ils ont aussi un vécu. C'est une comparaison poétique certes, mais qui m'a offert beaucoup de douceur dans mon propre processus de guérison. J'aime penser que j'ai réparer les fêlures de mon âme avec une jolie lumière dorée et que cela a contribué à faire de moi la femme et mère que je suis devenue, mais sans laisser de côté celle que j'ai été. Cette première étape m'a permis de faire le deuil des parents que je n'avais jamais eu et que je n'aurais jamais et m'a donné le courage de devenir une personne de référence pour la petite fille que j'avais été mais surtout pour le bébé que je m'apprêtais à accueillir. 

J'ai créé la place de mon bébé tout en réclamant la mienne ; un équilibre a été trouvé et mes tensions intérieures se sont apaisées. La petite fille meurtrie, blottie de peur dans un coin de mon cœur, avait enfin un espace chaud et accueillant pour se reposer et surtout s'exprimer. Il y a eu des larmes, beaucoup ; de la colère, encore plus ; et puis un jour, il y a juste eu une sensation de paix : enfin, elle était entendue. 

Symboliquement parlant, je suis devenue mon propre parent. En travaillant à protéger mon enfant à venir, à le guider de mon mieux, j'ai du faire quelques pas en arrière sur mon propre chemin ; et au détour d'un virage, je me suis retrouvée et prise par la main. 

Je dirais que cela a été l'enseignement le plus intense de toute ma grossesse, et encore aujourd'hui, alors que mon fils a 11 mois, je tâtonne dans le noir à la recherche de la meilleure manière d'intervenir pour lui et souvent la lumière se fait quand je me retrouve. 

Je pensais avoir choisi un accompagnement bienveillant uniquement pour mon fils mais en réalité c'est lui qui me guide vers une vie plus sereine, ancrée dans l'instant présent ; et chaque fois que je le console, c'est aussi une partie de moi que je remets à l'endroit.  

 

Baptistine Boutheon, Collaboratrice pour Pastel Ludique

1 commentaire

  • Bravo baptistine !

    Alves

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